Le monde à portée de roues

Faire la fête, assister à des concerts et beaucoup voyager. Vous, vous avez bien dû le faire une bonne centaine de fois. Mais si quelqu’un vous lançait : «Je pensais que ce genre de choses ne t’intéressaient pas !», seriez-vous surpris ? C’est pourtant la situation à laquelle Marta Llauradó, une jeune fille à mobilité réduite, doit faire face chaque jour. Sur son blog, elle tente d’expliquer les préjugés de la société à son égard.

Elle a 22 ans, elle est née à Barcelone et elle est étudiante en biologie humaine. Récemment, Marta a créé le blog Rodandovengo dans le but de partager ses expériences du quotidien. Ce qui avait commencé en tant que moyen de décompresser et de parler de ses histoires d’amour est devenu un lieu d’expression et de reconnaissance pour un groupe de personnes souvent mal représentées dans notre société.

«L’idée de démarrer un blog m’est venue il y a longtemps», dit-elle. Marta souhaitait développer de manière plus cohérente les messages de 140 caractères qu’elle partageait avec ses «followers» sur Twitter. Et qu’est-ce qui l’a motivée à sauter le pas ? Comme dans beaucoup de films et de livres : l’amour. «Beaucoup de gens s’imaginent que les relations amoureuses ou sexuelles ne m’intéressent pas. Un garçon que je fréquentais m’a déclaré une fois : “Quand j’ai appris que tu étais en fauteuil roulant j’ai cru que tu voulais seulement que nous soyons amis !”. Alors que nous nous étions connus sur un site de rencontre !»

Marta consultando su blog Rodandovengo

Marta sur son blog Rodandovengo

Marta avoue avoir été vexée par ce genre de situations au début : «Petit à petit, je me suis habituée à penser “ok, tu rates quelque chose !” et c’est à cause de cet état d’esprit que quelque chose a changé et que j’ai décidé de me débarrasser de mes complexes.» Mais cela ne se fait pas en un jour, ça fait partie de tout un processus. Même aujourd’hui elle a du mal à aller à la piscine en bikini ou à porter des shorts. «Mais petit à petit j’essaie de changer. Avant je ne portais jamais de robes ou de collants, et maintenant si.»

Mais quand a-t-elle commencé à se sentir complexée ? «A la puberté parce que je ressentais une pression par rapport à mon apparence, précise-t-elle, j’ai commencé à avoir honte de tout. Alors que quand j’étais plus petite j’allais toujours dans la cour de l’école à la récré et je participais à toutes les activités sportives.» Cependant, elle réalisa peu à peu que l’opinion des gens, surtout ceux qu’elle ne connaît pas, n’a aucune importance. «Il faut que je fasse ce que j’ai envie, parce que chacun aura toujours sa propre opinion.»

Marta critique en particulier les opinions émises par les autres sur les fêtes, sujet auquel elle est souvent confrontée . «Beaucoup de gens pensent que je n’aime pas faire la fête et que je préfère rester enfermée chez moi», explique-t-elle d’un ton exaspéré. Un cliché qui selon elle est lié à l’image des personnes en fauteuils roulants dans les médias. «Dans les pubs à la télévision, personnes ne fait du shopping en fauteuil . C’est une notion ancrée dans la société. Les gens ne font pas attention à vous, ou s’ils vous remarquent, alors ils sont surpris».

«Par exemple, je ne vois jamais de personnes se déplacer en fauteuil roulant dans les films, ou bien s’il le font, c’est à la suite d’une histoire tragique. Pourtant, toutes les histoires ne sont pas tristes, certaines doivent simplement être acceptées. Mais il est vrai que beaucoup de gens se retrouvent dans cette situation du jour au lendemain», explique-t-elle.

Marta durante la entrevista

Marta lors de l’interview

Avec une attitude aussi critique, elle aurait aussi bien pu faire des études de journalisme. «J’aime le fait de divulguer des informations, mais j’aime aussi les sciences. Mes malformations sont causées par des mutations génétiques, c’est pourquoi je m’intéresse à la biologie cellulaire. A l’époque je me suis posée la question “qu’est-ce que tu préfères, enquêter ou divulguer ?”, mais je n’exclue pas de faire un master en communication plus tard».

Bien qu’elle ait opté pour les sciences, Marta refuse de cesser de s’exprimer et renforce le message qu’elle veut faire passer : «Chacun vit son handicap à sa façon, et chacun choisit comment le gérer et quelles sont ses limites. On finit par croire aux préjugés que les gens nous attribuent, alors qu’ils sont en fait infondés».

Cependant, même si Barcelone est une ville bien adaptée aux fauteuils roulants, se déplacer dans la ville peut s’avérer à certains moments frustrant : «Quand la rampe dans le bus est en panne, il n’y a pas de solution, je suis obligée d’attendre le prochain». Cet exemple résulte d’un problème logistique, mais parfois, ce qui lui cause d’être en retard, c’est le manque d’empathie des autres personnes. Par exemple, dans les centres commerciaux, beaucoup de clients préfèrent prendre l’ascenseur plutôt que les escalators, alors qu’elle n’a pas le choix. «Souvent les escalators sont près des ascenseurs et eux pourraient les utiliser, mais pas moi, même si j’en ai envie. Mais j’essaye de ne pas les juger, car certains handicaps ne sont pas visibles».

Marta esperando el ascensor del metro

Marta attend l’ascenseur dans le métro

Marta est une fille indépendante au caractère aventurier, donc lorsqu’on lui a offert la possibilité d’étudier au Royaume-Uni, elle n’a pas hésité. «J’ai passé près de 5 mois à Guilford et j’ai adoré». Sa décision a effrayé sa famille. . Leur première réaction a été des phrases du style «tu vas partir très loin» ou «on verra comment tu te débrouilles sur place». Mais une fois passé le choc initial ce sont eux qui l’ont le plus soutenue. Cette attitude diffère de celle de ses amis, qui eux l’ont encouragée dès le début à se lancer dans cette nouvelle expérience. «Vivre toute seule s’est avéré être très bénéfique pour moi, explique-t-elle, c’était un moyen de me prouver à moi-même que je pouvais être autonome et que je n’avais pas besoin que ma mère prenne les devants. D’ailleurs, à mon retour du Royaume-Uni, j’ai décidé de prendre un logement étudiant. Maintenant je ne m’inquiète plus de savoir si les trains seront adaptés à mon fauteuil ou non».

Quels sont ses projets maintenant qu’elle s’apprête à entamer sa dernière année d’université ? «J’aimerais continuer à tenir mon blog, ou peut-être même commencer une chaîne Youtube. Mais pour l’instant ce n’est qu’un hobby. Mon plus grand objectif serait d’être invité à faire un discours pour TED (une plateforme spécialisée dans les discours et conférences), admet-elle en riant, j’aimerais inspirer des gens avec et sans handicap. J’ai encore quelques complexes, mais je souhaite aider tous ceux qui se trouveraient dans la situation dans laquelle j’étais moi-même il y a trois ans».

[crp]

Autrice

Clara Ramos (Espagne)

Etudies : traduction et interprétariat

Parles : espagnol, catalan, anglais, et un peu d’allemand

L’Europe, c’est…un grand mélange de cultures et de langues à découvrir et profiter !

Autrice

Miriam Vázquez (Espagne)

Etudies : journalisme et sciences politiques & administratives

Parles : espagnol, catalan, anglais, allemand, et un peu de français

L’Europe, c’est…un lieu unique où vivent ensemble des gens de différentes cultures, langues et points de vue

Twitter: @mirabroad

Traductrice

Cécile Leducq (France)

Etudes/travail: Jeune fille au pair et étudiante en Langues étrangères

Langues: français, anglais, italien

L’Europe est… un lieu de partage et d’opportunité que l’on doit s’efforcer de préserver

Relectrice

Danielle Kramer (France)

Études / travail : langue anglaise, et participation et animation dans des associations consacrées à la diffusion des livres et à la pratique de la lecture.

Langues: français, anglais, hébreu, et allemand, japonais, russe et grec moderne élémentaires

L’Europe… c’est une mosaïque de langues et de cultures encore à découvrir.

Author: Anja

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